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[Tribune] Cimat : le kilomètre zéro

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Tribune de David Czupryna, Responsable des Portefeuilles Clients (Equipe ISR) chez Candriam

Il n’est pas rare que plusieurs événements-phares de l’actualité coïncident, se heurtent et se fassent mutuellement de l’ombre. Alors que la COP24 avait débuté tambour battant sous l’impulsion de Patricia Espinosa, pour qui la conférence serait un « Paris 2.0 », l’ironie a voulu que le gouvernement français annonce au même moment sa décision de suspendre temporairement la hausse de la « taxe carbone », cette taxe sur le pétrole si controversée dont la mise en œuvre était prévue pour le 1er janvier 2019. De fait, après des semaines de protestations des fameux « Gilets jaunes », le gouvernement français a cédé à la pression de la rue.

La « taxe carbone » est surtout l’archétype de tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de politique environnementale. Pour une raison simple : elle aurait d’abord frappé au portefeuille les personnes à faibles revenus de façon disproportionnée, perpétuant l’idée tenace que, dans le combat contre le changement climatique, ce sont les citoyens et les nations les plus pauvres à qui les plus gros sacrifices sont demandés. Dès lors, pas étonnant que cette mesure ait soulevé une telle opposition.

En France, cette mesure aurait ainsi affecté les travailleurs des classes inférieures et moyennes qui sont dans l’obligation d’utiliser leur voiture pour leurs trajets quotidiens, soit une demande inélastique aux cours du pétrole à moyen terme. Par ailleurs, en se focalisant sur l’essence et le diesel, ces carburants dont les plus faibles revenus dépendent, la taxe continuait d’ignorer le kérosène, carburant des globe-trotters fortunés : un accord international peu connu et anachronique, signé à Chicago en 1944 et ratifié par 191 pays, dont la France, interdit à tout pays de taxer le kérosène. Or, c’est bien le kérosène qui constitue la source d’énergie la plus polluante utilisée pour le transport des personnes et des marchandises. 

L’Accord de Paris a défini un objectif : éviter à la température moyenne dans le monde d’augmenter de plus de 2 degrés Celsius par rapport au niveau de la période préindustrielle. Nul besoin de passer au crible ce qui a été annoncé depuis 2015 pour affirmer que les engagements pris par les pays pour atteindre l’objectif du scénario des 2 degrés nous amènent bien au-deçà de cet objectif.

Selon le « Climate Action Tracker », au moment où la conférence COP24 démarrait, seuls 7 pays avaient pris des engagements compatibles avec l’objectif de 2 degrés dans leur plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC). La proposition actuelle de l’UE, englobant les émissions de tous les Etats membres, reste encore nettement inférieure aux niveaux de réduction exigés d’ici 2030. En réalité, ces propositions se situent dans une fourchette davantage alignée avec une augmentation des températures de plus de 3 degrés.

La finalité même de la COP24 est précisément d’évaluer les efforts annoncés jusqu’à présent par les signataires de l’Accord de Paris. Sans forcer notre pessimisme, nous pouvons affirmer que cet effort ne suffira pas. Comment pourrait-il en être autrement lorsque le second plus gros émetteur de CO2 au monde, les Etats-Unis, ne soumet pas son PNACC… et que le plan d’action pour le climat américain le plus récent remonte à l’administration Obama !

Mais le monde change plus vite que les décisions politiques, et les investisseurs demandent dès maintenant que leur argent soit investi d’une manière compatible avec la poursuite de la vie humaine sur Terre, plaçant de facto le secteur de la gestion d’actifs au cœur de ce défi mondial pour l’humanité. Ainsi, depuis 2009, les actifs investis par les investisseurs européens dans des stratégies thématiques telles que la transition énergétique sont passés d’un presque zéro à 148 Mds€ en 2017. Alors que les gouvernements ont jusqu’à présent échoué à prendre des décisions courageuses pour éviter des perturbations catastrophiques pour le climat, telles l’adoption d’une taxe carbone généralisée assortie de mesures de redistribution, les investisseurs, eux, intensifient leurs efforts et agissent.

On observe une prise de conscience de l’urgence environnementale au sein de l’ensemble du secteur de l’investissement, à divers degrés de crédibilité et de conviction. Chaque jour un peu plus, ces acteurs poussent les entreprises, y compris les plus polluantes, à montrer qu’elles prennent le changement climatique au sérieux. Un exemple assez emblématique fut l’engagement récent, par le PDG de Shell, de respecter un objectif clair de réduction d’émissions de CO2. Ce changement d’attitude d’un des plus importants producteurs de pétrole et de gaz au monde a été rendu possible grâce à l’action menée par une coalition d’investisseurs, l’initiative Climate Action 100+.

Les gouvernements ont un rôle primordial à jouer dans la lutte contre le changement climatique en orientant les comportements des consommateurs vers des produits et solutions d’investissement favorables au climat. Beaucoup plus que cela n’a été le cas jusqu’à présent. Et les acteurs du secteur de la gestion, qui se sont déjà mobilisés en termes de communication, ont la responsabilité de développer les produits pour répondre à cette nouvelle demande.

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