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Correction des marchés actions : quel impact sur l'allocation d'actifs?

Tribune de Ken Van Weyenberg, Head of CPM Asset Allocation chez Candriam

Les actions internationales ont poursuivi la correction initiée début octobre. La nervosité des investisseurs a augmenté en raison d’un pic de bénéfices probable, de l'augmentation plus rapide qu'anticipée des taux aux États-Unis, de la guerre commerciale opposant les États-Unis à la Chine et de la faiblesse du secteur manufacturier européen. Dans ce contexte, nous continuons à surveiller les différents aspects qui constituent notre scénario constructif à moyen terme qui, bien qu'intacte, est fragilisé par la recrudescence des risques.


I - Contexte macroéconomique

Depuis le début de l'année, l'économie américaine a enregistré une croissance plus rapide que les autres économies développées. À l'exception des investissements dans l'immobilier résidentiel, pratiquement tous les moteurs économiques tournent à plein régime. La confiance des consommateurs et des entrepreneurs a atteint un niveau élevé, les salaires progressent lentement et les investissements des entreprises poursuivent leur bonne croissance (même si celle-ci a progressé moins rapidement au 3ème trimestre). Malgré les tensions politiques, nous anticipons toujours une croissance proche de 3% en 2018, qui devrait retomber à 2,6% en 2019 du fait de la disparition progressive des réformes fiscales et de la hausse des taux.

L'économie de la zone euro présente des perspectives plus mitigées, en particulier après la publication, la semaine passée, des données préliminaires de l'indice PMI manufacturier, qui a reculé au-deçà des attentes, indiquant une croissance annualisée du PIB d'un petit 1,6% au début du quatrième trimestre. Jusqu'à présent, les chiffres bruts sont toutefois restés encourageants, la demande intérieure demeure soutenue, mais les exportations et la production industrielle, en perte de vitesse, ont accusé le coup de la dégradation de l'environnement international et des nombreux risques. L'éventualité d'une augmentation des tarifs douaniers pour le secteur automobile et d'un Brexit dur et l'attitude conflictuelle adopté par le gouvernement italien pourraient avoir une incidence sur notre scénario modérément optimiste d'une croissance atteignant 2% cette année et 1,8% en 2019.

Alors que certaines économies émergentes (Turquie, Argentine) ont plongé dans la récession pour des raisons liées à la politique intérieure, d'autres résistent mieux, malgré le resserrement des liquidités en dollars. L'escalade de la guerre commerciale et les tensions politiques entre la Chine et les États-Unis, qui impactent la croissance économique en Chine, ont poussé les autorités chinoises à assouplir leur politique monétaire et fiscale afin de soutenir l'activité intérieure. Ce soutien devrait porter ses fruits dans les mois à venir et favoriser la stabilisation d’une grande partie des marchés émergents.

En résumé, nous prévoyons :

- Une croissance économique proche de 3% cette année, retombant à 2,6% en 2019.
- Une stabilisation de la croissance économique chinoise au-delà de 6% cette année et la suivante, grâce à la politique de soutien mise en place.
- Une croissance de la zone euro qui tient le cap, à 2% cette année et 1,8% l'année prochaine, même si l'économie régionale reste exposée à de nombreux risques politiques

 

II - Revenus & valorisations

Entretemps, la saison des résultats se poursuit : 32% des sociétés du S&P 500 ont publié, à ce jour, des résultats réels pour le troisième trimestre. Près de 85% affichent une croissance des bénéfices meilleure qu'attendue, au-dessus de la moyenne sur cinq ans avec, jusqu'ici, une croissance globale des bénéfices de 23 % en glissement annuel. Les perspectives communiquées par les entreprises sont toutefois plus prudentes pour l'année à venir, les marges bénéficiaires pouvant être mises sous pression par la hausse des coûts de production intrants et des taux d'intérêt. Si l'on tient compte de la croissance des bénéfices attendue l'année prochaine, et malgré une certaine pression sur les marchés, elle devrait rester positive.
En Europe, où il est toutefois trop tôt pour tirer des conclusions alors que moins de 40 entreprises du Stoxx 600 ont, jusqu'ici, publié leurs résultats, environ 45% des résultats annoncés dépassent les attentes des analystes, selon Reuters. Depuis 2011, dans un trimestre typique, 50% d'entre elles dépassent les estimations des analystes.
Pendant ce temps-là, les valorisations restent raisonnables et pourraient servir d'amortisseur pour les marchés actions. Après la récente correction et dans la perspective de la croissance future des bénéfices, le marché actions américain se négocie actuellement à environ 16 fois les bénéfices attendus pour les douze prochains mois, alors que la valorisation des actions émergentes et européennes, en particulier, reste attractive. 

En général, nous pensons que :

- Les résultats positifs à court terme viennent des bénéfices supérieurs aux attentes du troisième trimestre aux Etats-Unis.
- Les valorisations sont attractives  et pourraient servir d'amortisseur pour les marchés actions.


III - Analyse technique du marché

Les marchés actions sont, de toute évidence, en mode "correction".  Selon BoFaML, 63% des actions globales se trouvent dans un marché baissier (contre 70% en 2011 et 2016, deux points bas atteints par les indices). Si les fondamentaux restent bien orientés, nous pourrions être proches d'un point d'entrée intéressant à court terme. Notre analyse technique le confirme en montrant que nous sommes proches de certains indicateurs clés qui pourraient susciter une réaction positive. 

De façon générale :

- Les marchés actions sont proches de certains indicateurs clés et pourraient afficher une réaction positive à partir des niveaux actuels.
- Nous continuons à surveiller les niveaux actuels car une rupture à la baisse pourrait nous amener à adapter notre stratégie à court terme.


IV - Risques

La volatilité a déjà augmenté ces dernières semaines, l'indice Vix s'établissant à près de 25% (contre 11% fin septembre), un niveau élevé auquel il pourrait se maintenir puisque les moteurs potentiels de volatilité ne manquent pas, comme la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, l'éventualité d'une confrontation entre l'Europe et l'Italie, le pic de bénéfices et le ralentissement plus important qu'attendu de la croissance économique chinoise, l'attitude plus agressive de la Fed et le risque accru d'un Brexit dur. 

De façon générale :

- Malgré des fondamentaux et un contexte technique bien orientés, de nombreux risques, qui remettraient en cause notre scénario, sont présents.
- Nous continuons à surveiller l'évolution éventuelle des risques (géo)politiques et leur impact sur notre scénario de base pour les investissements.


V -  Conclusion

Les fondamentaux, essentiels à la performance à moyen terme sur les marchés, restent bien orientés :
- Le cycle des entreprises poursuit sa marche en avant.
- Les bénéfices des entreprises continuent de croître et la valorisation des marchés actions reste relativement attractive.
- Notre rendement attendu sur 1 an pour les actions n'est pas loin d'un taux à deux chiffres.

Nous identifions plusieurs éléments déclencheurs potentiellement positifs pour la performance à court terme, malgré des facteurs de risque bien connus (guerre commerciale, position agressive de la Fed, dynamique des bénéfices et de l'économie, Italie, Brexit et ralentissement plus important de la croissance économique en Chine) :
- Début de la saison de publication des résultats du troisième trimestre qui oblige les participants du marché à revenir aux fondamentaux.
- Redémarrage du rachat d'actions dans les semaines à venir.
- Les marchés actions sont proches de certains indicateurs clés.

De façon générale :

Nous sommes convaincus qu'aux niveaux actuels, le ratio risque/rendement des marchés actions est attractif.  Dans ce contexte, et en tenant compte des niveaux de support technique et des éléments déclencheurs fondamentaux, nous avons décidé d'augmenter légèrement notre exposition en surpondérant les actions (au lieu d'un positionnement neutre).

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