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ER - Analyses de marchés
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« Voilà l'été en Europe : il est temps d'ouvrir les yeux »

Commentaire d’Ann Steele, Senior Portfolio Manager, Stratégie paneuropéenne de Columbia Threadneedle Investments

En dépit de l'embellie économique, l'écart de valorisation entre les actions européennes et américaines atteint son niveau le plus important depuis plus de 10 ans.
Les marchés d'actions européens jouissent d'une météo plus clémente. Du cœur franco-allemand à la périphérie méridionale de l'Europe, les économies ne s'étaient plus aussi bien portées depuis des années. Le chômage recule, les dépenses des ménages s'accélèrent et les bénéfices des entreprises se raffermissent. Et pourtant, l'attitude de la plupart des investisseurs internationaux à l'égard des valeurs européennes se résume en un seul mot : l'apathie.

Compte tenu de la frilosité des investisseurs vis-à-vis des actions européennes, le marché sous-performe l'indice MSCI World sur l'année écoulée. En termes de ratio cours/bénéfices, les valeurs européennes se négocient avec une décote de 33% par rapport à leurs homologues américains. L'écart de valorisation entre les actions américaines et européennes affiche son niveau le plus large depuis 2003, date à laquelle il avait atteint 38%.


Un tel pessimisme ne tient pas compte de la réalité factuelle

Pourquoi donc l'Europe est-elle négligée alors que sa croissance s'accélère ? Il semble que les idées reçues ont la vie dure. Pour de nombreux investisseurs internationaux, le Vieux Continent est dépourvu de sociétés technologiques à croissance rapide, est susceptible de souffrir d'une appréciation de l'euro et risque d'être fragmenté par les courants politiques populistes. De ce fait, ces investisseurs manquent une occasion d'investir dans des entreprises d'envergure mondiale, portées par le redressement rapide de leur marché national.

En outre, l'attention se détourne des facteurs politiques, sur fond d'accélération de la croissance économique et d'un regain de confiance des ménages et des entreprises. Le chômage diminue en Europe aussi rapidement qu'aux Etats-Unis. En période de prospérité, les électeurs sont moins hostiles à l'establishment. Ainsi, si cette trajectoire positive se poursuit, le risque politique devrait s'en trouver sensiblement réduit. Le statut de « mal-aimée » de l'Europe donne lieu à des opportunités de valeur intéressantes pour les spécialistes de la sélection de titres actifs, capables de voir au- delà de l'apathie ambiante. Opportunités qui, selon nous, ne devraient pas durer bien longtemps.


Si les investisseurs mondiaux ne remarquent pas l'épanouissement de l'Europe, c'est à cause de 3 impressions non justifiées
 :

- La plus importante est peut-être la conception selon laquelle il n'existe pas de sociétés technologiques sur le Vieux Continent. Alors que les Etats-Unis abritent les « FANG » - les poids lourds technologiques de renommée mondiale que sont Facebook, Amazon, Netflix et Google (désormais Alphabet) -, dont la croissance spectaculaire en termes de revenus a dopé le marché boursier américain, l'Europe ne compte aucune entreprise technologique disposant d'une telle notoriété à l'international.  Pourtant, cette réputation d'une Europe manquant de sociétés vedettes dans le secteur technologique n'est pas justifiée.
- En second lieu, les actions européennes ont pâti des craintes relatives à l'incidence négative sur leur compétitivité que pourrait entraîner la vigueur de la monnaie unique par rapport au billet vert. Il y a un an, en avril 2017, l'euro valait moins de 1,10 USD, alors qu'il avoisine aujourd'hui 1,181 USD. Les investisseurs doivent maintenant s'interroger sur les évolutions à venir.
- Troisièmement, la montée du populisme reste un sujet de préoccupation. Les investisseurs internationaux redoutent qu'un autre Etat membre de l'Union européenne puisse faire le choix d'en sortir, attisant la volatilité sur le Continent.

De telles inquiétudes nous paraissent infondées. En examinant le secteur technologique, il n'est pas difficile d'identifier des entreprises européennes de grande qualité dotées de sérieux avantages concurrentiels sur l'échiquier international. Par exemple, le fabricant de machines pour l'industrie des semi-conducteurs ASML, basé aux Pays-Bas, est un leader mondial dans son domaine, qui peut se targuer de disposer d'un modèle d'entreprise solide. Il dispose d'un quasi-monopole dans les équipements de lithographie utilisés pour la fabrication de semi-conducteurs d'avant-garde, et la demande croissante de puissance de calcul est le principal moteur de sa croissance. ASML ne représente qu'une des sociétés technologiques de pointe que possède l'Europe, aux côtés notamment de l'éditeur français de logiciels Dassault Systèmes, de l'Allemand SAP et du Madrilène Amadeus.

S'agissant de l'euro, la fragilité du dollar n'a été pas favorable. Cela étant, la dépréciation du billet vert face à la monnaie unique pourrait marquer une pause. Selon nous, le vrai débat consiste à savoir si l'euro atteindra 1,30 USD dans un an ou dans un mois. Bien que nous ne fassions pas de prévisions sur le marché des changes, nous pensons qu'un tel mouvement est plus susceptible de se produire à plus long terme et de n'occasionner par conséquent aucun choc majeur. Un euro plus stable pourrait contribuer à l'amélioration de l'image que se font les investisseurs des actions européennes.

Enfin, le populisme n'a certes pas disparu, mais les élections de 2017 ont été largement favorables aux marchés. Cette année, l'ampleur du vote « anti-establishment » en Italie s'est avérée conforme aux anticipations, mais maintenant qu'un gouvernement a été constitué, il ne devrait pas faire peser une menace existentielle sur l'euro.


Une occasion d'établir des positions à long terme

Au niveau individuel, de plus en plus de sociétés dépassent leurs prévisions. Nous tablons sur une croissance bénéficiaire moyenne de 10 à 12% en 2018, dans le sillage de la progression de 15% inscrite en 2017.
Contrairement aux Etats-Unis, qui sortent lentement d'une période d'expérimentation monétaire induite par la crise, la politique monétaire restera probablement accommodante dans la zone euro, au moins jusqu'à la fin de l'année. Les entreprises qui génèrent une trésorerie excédentaire dans un environnement de faibles taux d'intérêt sont susceptibles de distribuer des dividendes plus généreux et de procéder à des acquisitions stratégiques - autant de facteurs favorables aux cours des actions.

Toutefois, notre optimisme n'est pas seulement motivé par la croissance observée en Europe. En effet, l'Europe est un marché varié et mature, abritant de nombreuses sociétés internationales de première qualité dont les marques sont connues dans le monde entier, à l'instar du confectionneur Moncler, du constructeur automobile Ferrari et du groupe de luxe LVMH. Ces sociétés exceptionnelles disposent de tous les atouts pour tirer parti non seulement du nouveau souffle de l'économie européenne, mais aussi de la croissance à l'échelle mondiale.

Du seul fait de leur provenance européenne, des entreprises de calibre international ne reçoivent pas l'attention qu'elles méritent de la part des investisseurs. De telles anomalies ne durent pas indéfiniment. Il est difficile d'identifier clairement le facteur qui pourra déclencher une réévaluation positive de l'Europe. Les spécialistes de l'allocation d'actifs pourraient poser un regard neuf sur l'Europe si le marché haussier lié à l'administration Trump s'essouffle aux Etats-Unis. Ou encore, l'amélioration marquée des fondamentaux et des circonstances macroéconomiques pourrait à elle seule suffire à déclencher une réévaluation des valeurs européennes.

En outre, les marchés internationaux ont récemment vacillé face à l'envenimement des discussions autour d'une guerre commerciale entre Washington et Pékin sur une large gamme de produits, allant des fèves de soja aux avions. S'il est difficile de spéculer sur l'issue des négociations commerciales, les entreprises européennes pourraient au final parvenir à tirer leur épingle du jeu (par exemple, il est tout à fait possible que les compagnies aériennes chinoises décident d'inclure davantage d'appareils Airbus dans leurs carnets de commandes, au détriment de Boeing).

En parallèle, les investisseurs à long terme devraient se souvenir que la décote des valorisations de l'Europe par rapport à celles des Etats-Unis n'est pas justifiée et ne devrait pas durer. Nous demeurons optimistes et sommes convaincus que, pour les investisseurs actifs, l'embellie de l'économie européenne est une occasion de constituer des positions à long terme sur des sociétés de grande qualité.

www.columbiathreadneedle.com/

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