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[Avis d’expert] « S’asseoir au bord de la rivière pour voir passer un jour le cadavre du bitcoin »

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Le bitcoin : bulle spéculative ou valeur d'avenir ?

Alors que le bitcoin (ou BTC), créé en 2009, bat toutes les semaines de nouveaux records et dépasse désormais les 9 000 $ (contre 1 000 $ début 2017 et…1 $ en 2011) les économistes sont partagés : s’agit-il vraiment d’une nouvelle monnaie décentralisée et libre de toute banque centrale ou d’un instrument purement spéculatif ?

Eric Pichet, professeur à KEDGE,* spécialiste en macro économie et en politique monétaire, et égalementProfesseur et Directeur du IMPI,livre son analyse du phénomène.

« De plus en plus largement accepté comme moyen de paiement sans intermédiation bancaire et sans le moindre frais, le bitcoin a certains attributs d’une monnaie acéphale.  Il n’en a pas moins aucune valeur intrinsèque, même pas en tant qu’objet de collection car il est immatériel », souligne Eric Pichet. Ce n’est pas non plus un actif financier comme une action ou une obligation puisqu’il ne rapporte rien. Sa seule valeur de placement réside dans les perspectives de plus-values que lui accordent ses détenteurs : c’est un actif sans sous-jacent. »

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Selon Eric Pichet, le phénomène se caractérise par les éléments suivants :

- L’idée de génie de son créateur, le mythique Satoshi Nakamoto, fut d’avoir élaboré un système d’émission fondé sur les nouvelles technologies, totalement décentralisé et, pour le moment, parfaitement sécurisé par les utilisateurs de la blockchain. En outre l’algorithme informatique limite le nombre de bitcoins à 21 millions à terme (18 millions en circulation à ce jour). La rareté relative du produit virtuel explique en grande partie sa hausse puisque seulement 0,01% de la population mondiale en détient. On peut donc imaginer l’effet sur les cours si la principale cause des bulles spéculatives à savoir l’effet FOMO (Fear of Missing Out ou la peur de rater une opportunité) se généralisait à ne serait-ce qu’1 % de la population mondiale soit 100 fois plus de détenteurs…

- On a pu lire que le cours du bitcoin avait dépassé celui de l’or en comparant les 9 000 $ au cours de l’once d’or de 31 grammes qui se situe autour de 1 300 $ mais cette comparaison n’a guère de sens car la capitalisation totale de l’ensemble des bitcoins émis, de 160 Mds$, ne soutient guère la comparaison avec la valeur totale du stock d’or mondial d’environ 8 000 milliards de dollars (pour ne rien dire des 150 000 Mds$ de l’ensemble des actifs financiers et des 240 000 Mds$ de l’immobilier mondial).

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Et Eric Pichet de conclure  

« Dans ces conditions quel type d’aiguilles pourrait faire éclater la bulle ? Le premier serait le casse du siècle ou une effraction dans le système de blockchain qui entraînerait une inondation de faux bitcoins. Le second serait une prise de position commune de l’ensemble des Etats et des banques centrales qui décideraient d’interdire ce moyen de paiement au nom par exemple de la lutte contre la fraude.

La bulle du bitcoin devrait donc rejoindre la longue liste des grandes folies collectives dans la lignée de la Tulipomanie de 1637, du système de Law en 1820 ou de la bulle Internet de 2000. Malheureusement, à supposer même qu’il existe un moyen de vendre à découvert le bitcoin, cette stratégie est à proscrire et pourrait s’avérer désastreuse. En effet nul ne peut prédire le cours le plus haut ni la durée de la vague spéculative et comme nous l’a enseigné KEYNES, « le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable ». Il ne reste donc qu’une seule chose à faire : s’asseoir au bord de la rivière pour voir passer un jour le cadavre du bitcoin.»

https://kedge.edu/

 

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