Connexion
/ Inscription
Mon espace

Vers une reprise du marché obligataire High Yield américain

ER - Analyses de marchés
ABONNÉS

Par Gilles Frisch, Responsable du pôle de gestion ‘Asset Opportunities’ de Swiss Life AM

Après l’élection présidentielle américaine et l’accord de l’OPEP dont l’objectif est de limiter la production pétrolière, le marché des obligations High Yield américaines renoue avec des perspectives favorables. 

Le programme du président élu Donald Trump, voire les divergences entre son programme et la ligne politique du groupe Républicain au Congrès sont sources de nombreuses incertitudes. Cela dit, la ligne directrice est clairement celle d’un redéploiement industriel « made in USA » favorisant les industries lourdes à fort emploi avec incitations fiscales, les programmes de travaux publics massifs centrés sur les infrastructures et les barrières tarifaires. Ces éléments sont très positifs pour le marché High Yield qui concentre beaucoup plus de sociétés industrielles, cycliques et matures que le marché actions.


Un virage « industries lourdes » aux Etats-Unis

Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsqu’un secteur devient mature et très compétitif, l’endettement devient un des rares leviers restants au management pour délivrer de la valeur aux actionnaires, d’où le passage en catégorie High Yield. Par exemple, les émetteurs du secteur de l’acier sont principalement classés High Yield et la dette totale du secteur est beaucoup plus importante que sa capitalisation boursière. En résumé, ce tournant « industries lourdes » est un facteur de soutien important pour le High Yield américain.
Au-delà de ce soutien au marché High Yield US, il existe des différences sectorielles importantes. Si les industries lourdes (énergie, métaux et minéraux, acier etc.) bénéficieront effectivement le plus de la nouvelle donne politique, le secteur de la santé risque d’être fortement pénalisé en raison de la remise en cause de l’Obamacare, de la baisse des dotations pour Medicare au bénéfice d’opérateurs privés et de la pression sur les prix des médicaments. Par ailleurs, les programmes d’investissements massifs dans les infrastructures bénéficieront au secteur des matériaux de construction.


L’évolution de la réglementation Dodd-Franck : deux scenarii possibles pour le High Yield

La remise en cause partielle ou totale de la réglementation Dodd-Frank (loi de réforme du marché financier mise en œuvre sous l’administration Obama) aura une grande influence sur la structure et le fonctionnement des marchés dont le marché High Yield. Toutefois, deux scenarii distincts (avec un impact potentiel très différent sur le marché High Yield) sont à considérer : une remise en cause « légère » limitée principalement à l’abrogation de la « Volcker Rule » ou une remise en cause en profondeur de la loi Dodd-Frank.

Le premier scénario permettrait aux banques américaines de redéployer un capital très important vers le trading. Ce mouvement aurait un impact très positif sur la liquidité du marché, avec en perspective plus de marketmaking, c’est-à-dire plus d’acteurs et plus de profondeur de marché. Cela aurait une influence initiale positive sur les prix, les marketmakers devant reconstituer des inventaires importants d’obligations High Yield avant de faire tourner leurs portefeuilles avec des tailles plus importantes.
En revanche, une remise en cause profonde de Dodd-Frank plongerait les marchés dans une période durable d’incertitude avec de nombreuses questions sur le capital des banques, la séniorité des dettes financières, le futur de la FDIC (le système de garantie des dépôts US)… sans compter les incertitudes liées à un système à deux vitesses entre banques américaines et banques non résidentes (qui représentent une partie très importante du marketmaking sur les marchés américains).

La stabilisation des prix pétroliers comme catalyseur

L’évolution des prix pétroliers fera également figure de catalyseur pour les obligations High Yield américaines. L’OPEP est enfin parvenue à un accord «historique» sur une réduction de la production pétrolière.C’est une bonne nouvelle pour les émetteurs du secteur de l’énergie américain. Le prix du pétrole repasse au-dessus des 50 USD, la menace d’un retour sur les prix les plus bas s’éloigne et le pétrole de schiste US redevient rentable, voire très rentable pour les meilleurs bassins.

Le secteur énergétique représente le secteur le plus important du marché High Yield US, avec un poids de 15% des indices et une part beaucoup plus importante de la volatilité des indices : cet accord est donc crucial! Les conséquences sont très positives pour le marché : les profils de crédit s’améliorent, les prêts bancaires sont plus faciles à obtenir grâce à un meilleur collatéral (réserves mieux valorisées) et de meilleurs cash-flows (production et rentabilité en hausse), les investisseurs en dette et en capital reviennent en force sur le secteur. La vague de défauts qui a fait sortir du marché les acteurs les plus fragiles est probablement derrière nous.
De nombreuses sociétés n’ont pas émis pendant la crise des prix (autrement dit depuis juillet 2014), avec le retour de la confiance, le marché primaire sera très actif sur ce secteur avec de nombreuses opportunités d’investissements dès les premiers mois de 2017.

www.swisslife-am.com

 

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

 

Lire la suite...


Articles en relation

ER - Analyses de marchés
ABONNES
Annonces présidentielles : quelles conséquences fiscales et budgétaires ?

Suite à l'intervention télévisée du Président de la République le 10 décembre dernier en réponse aux protestations du mouvement des gilets jaunes, Eric Pichet, Professeur et Directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier (IMPI) à KEDGE, analyse les conséquences fiscales et budgétaires de ces annonces. « Les mesures de soutien au pouvoir d'achat des actifs dès le 1er janvier 2019 s'inscrivent dans la droite ligne du projet présidentiel pour faire en sorte que le travail paie sans...

ER - Analyses de marchés
ABONNES
Le point de marché mensuel de Michel Lemosof

Les marchés face à une liquidité réduite et à une volatilité augmentée La direction des marchés ne correspond pas toujours à celle qu'attendent les investisseurs. Avec l'accalmie sur le front de la guerre commerciale sino-américaine, un mieux semblait se dessiner, mais l'arrestation de la directrice financière de Huawei a jeté le trouble. Le groupe chinois serait soupçonné d'avoir enfreint les sanctions américaines contre l'Iran… Des actifs pestiférés « Deux préoccupations majeures se sont...

ER - Analyses de marchés
ABONNES
Les conséquences du Brexit pour le secteur financier français et européen

Extrait du discours de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et Président de l'ACPR. Mesdames et Messieurs, … Je salue l'accord qui a été trouvé la semaine dernière entre les négociateurs européens et britanniques et nous espérons tous que celui-ci franchira les prochaines étapes jusqu'à sa finalisation. Mais dans un contexte encore incertain, la prudence s'impose : même si nous ne la souhaitons pas, nous devons aussi nous préparer à faire face à une situation...

ER - Acteurs du secteur financier
ABONNES
[Les entretiens d'Esteval] Bruno Colmant, Degroof Petercam

« Nous devons retrouver une économie solidaire et basée sur l'intérêt général » Débats télévisés, émissions de radio, couvertures de presse : le livre de dialogue entre Bruno Colmant, chef économiste de Degroot Petercam, et le prêtre Eric de Beukelaer, ancien proche collaborateur du cardinal Lustiger à Rome, fait un carton en Belgique (1). Il est vrai que leur conversation aborde des sujets qui nous concernent tous, au croisement de la morale et de l'économie. « Le capitalisme anglo-saxon...