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Faut-il avoir peur d’une notation ESG de sa Sicav ?

ER - Patrimoine et placements
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L'analyse d'Ophélie Mortier, Stratégiste Investissement Responsable chez Degroof Petercam

« Au secours mon fonds va être noté ESG ! ». Petite révolution au sein du monde des fonds de placement et Sicav ! Il y a quelques mois Morningstar annonçait une notation ESG des fonds présents dans leurs bases de données. En effet, sur base de la recherche environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de l’agence de notation extra financière Sustainalytics, Morningstar donne dorénavant une notation ESG aux fonds de sa base de données. Au plus le fonds est considéré de qualité élevée en termes environnementaux, sociaux et de gouvernance, au plus il se voit recevoir de « planètes ».

Cette annonce a créé quelques émotions et réactions vives auprès des gérants d’actifs car cette notation concerne tous les fonds d’investissement hors obligations souveraines, qu’ils aient ou non un objectif d’investissement durable et des critères de sélection ESG au sein de leur processus d’investissement. Nous ne reviendrons pas sur l’absence de définition d’un « investissement socialement responsable ». C’est un autre débat, mais la publication d’une notation ESG d’un fonds pourrait sous-entendre un engagement d’amélioration de cette notation, ce qui n’est pas l’objectif de tous.
Cela aurait pu en rester là si quelques jours après cette annonce, le concurrent principal, MSCI ESG Ratings, n’avait pas annoncé une démarche basée sur la recherche extra-financière ESG de MSCI ESG Ratings.
La course entre concurrents pour être le premier sur une innovation du marché est claire. Mais finalement quel est l’objectif d’une telle démarche, que se cache-t-il derrière cette notation ESG et pourquoi l’industrie la craint-elle ?


Une méthodologie solide et rigoureuse

Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre fournisseur, les ressources en matière de recherche extra-financière sont solides. En effet, entre 140 et 150 analystes se partagent les différents secteurs et régions afin d’analyser au mieux les entreprises d’un point de vue environnemental, social et de gouvernance. Ils se concentrent sur les enjeux les plus matériels en fonction de leurs secteurs respectifs et émettent une cotation pour chacun des aspects afin de classer les entreprises : des plus préparées face aux enjeux ESG à celles qui le sont moins. Soit une approche dite du « best-in-class » dans le jargon de l’investissement responsable.
Le processus d’évaluation est établi depuis plusieurs années et suit constamment les progrès enregistrés dans le domaine afin de sélectionner les facteurs les plus pertinents et les plus matériels. Cependant, nous l’avons déjà mentionné au sein de ce blog, la méthodologie de notation extra financière d’une entreprise et l’approche « best-in-class » comportent plusieurs biais en faveur des plus grandes capitalisations internationales au détriment des plus petites, particulièrement des pays émergents. Ces biais se retrouvent naturellement au sein de la notation agrégée du portefeuille d’investissement.


Mon fonds est noté trois globes, bien ou peut mieux faire ?

Que la notation soit sous forme d’un nombre de globes attribués (Morningstar) ou d’une cotation entre 0 et 10 (MSCI ESG Ratings), finalement que signifie-t-elle pour l’investisseur ? Probablement peu de choses. En effet, il s’agit ici d’une moyenne pondérée de notations des titres individuels couverts.

Tout d’abord,
comme toute moyenne, un portefeuille peut très bien être investi dans des sociétés à profils extrêmes - soit les pires entreprises en matière d’enjeux ESG et les entreprises modèles en la matière - et obtenir la même moyenne qu’un portefeuille qui ne serait investi dans aucune société du bas de classement ESG, mais se contenterait des sociétés à profil raisonnable ESG.

Ensuite
, la couverture des instruments sous-jacents joue un rôle important. En effet, seuls les titres couverts par la recherche des agences sont pris en compte et la notation des titres couverts est ramenée au total du portefeuille. En d’autres termes, si vous êtes investis dans un portefeuille comprenant 4 multinationales ayant les ressources de remplir les questionnaires et autres politiques et programmes de la recherche indépendante et 25 petites capitalisations belges et étrangères peu couvertes, la notation de votre investissement sera finalement celle des 4 grandes multinationales et peut être assez élevée. Parallèlement, le portefeuille investi dans quelques moyennes capitalisations, typiquement moins bien cotées, aura une notation plus faible au niveau agrégé du portefeuille en ayant peut être des entreprises innovatrices en matière de durabilité environnementale ou sociale. C’est ainsi que certains portefeuilles investis fortement en pétrolières se sont vus attribuer une meilleure notation que des portefeuilles investis en petites entreprises innovatrices dans des segments particuliers de durabilité.

Il faut également faire attention à la catégorie dans laquelle votre fonds d’investissement est classé.
Par exemple, un fonds mondial investi principalement dans les pays développés aura probablement une meilleure notation qu’un fonds également mondial mais davantage exposé aux marchés émergents car il existe une forte corrélation entre le taux de publication et le taux de qualité ESG. Au plus une entreprise publie des informations de type ESG, au plus la qualité ESG est élevée. Il y a ici une tentative de standardisation d’un modèle ESG qui n’est pas toujours adapté à tout portefeuille et à toute stratégie. La réduction à un nombre quantitatif (de planètes ou sur une échelle de 1 à 10) et comparatif perd toujours en granularité de l’information et est peu perméable à la diversité des approches d’investissement.

Enfin, le risque de conflit d’intérêt peut toujours également exister : certaines agences de notation extra financière pourraient ne pas oser mal noter les entreprises clientes. Cependant, ce risque est limité puisque les agences de notation extra financière sont rémunérées par les sociétés d’investissement qui utilisent leurs recherches dans leurs processus d’investissement. Les entreprises notées ne rémunèrent pas les agences de notation et ont un droit de réponse par rapport à la notation et aux éventuels reproches.


L’attrait de la démarche … plus de transparence et de sensibilisation

Fortement critiquée par les gérants d’actifs qui, en fin de compte, « n’avaient rien demandé », la démarche a un double avantage. D’abord, cette notation - qui vaut ce qu’elle vaut - suscite l’interrogation sur sa provenance, sa signification, sa raison d’être et amène les investisseurs à davantage s’interroger sur l’intégration des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les décisions d’investissement.

Ensuite, même si elle est quelque peu réductrice, l’approche conduit à davantage de transparence qui ne peut qu’être bénéfique à moyen et long-terme pour l’investisseur. Par cette information complémentaire et cette transparence, le mouvement d’investissement responsable, qui vise à intégrer systématiquement les facteurs ESG dans les décisions d’investissement, se généralise à tous les investissements. Il permet une plus grande prise en compte de ces facteurs au sein de la sphère financière et dès lors un plus grand levier d’impact.

C’est aussi le rôle des investisseurs responsables de suggérer des améliorations et d’interroger les agences de notation sur leur processus de cotation afin de promouvoir ensemble une finance responsable et durable pour le moyen et long-terme.

https://www.degroofpetercam.com/index


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