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Les marchés émergents retrouvent de leur charme… Durablement ?

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Par Sonsoles Castillo, Chef-Economiste spécialiste des scenarios financiers chez BBVA Research

Le regain d’appétit des investisseurs pour les marchés émergents s’est traduit récemment par le retour des flux de souscription. Mais cette reprise s’appuie encore essentiellement sur des catalyseurs de nature temporaire, pas encore sur des facteurs fondamentaux. 

Les investisseurs qui ont déserté les marchés émergents au cours des derniers trimestres sont en train d’y revenir peu à peu. Ce regain d’attention à l’égard des économies émergentes s’est traduit récemment dans les flux de souscription des portefeuilles. Les données les plus courantes montrent clairement une évolution du sentiment des investisseurs et, par conséquent, un changement dans leur façon d’allouer leurs capitaux. Avec un regain d’appétit pour les actifs des marchés émergents, en particulier dans l’univers obligataire. En revanche, les actifs refuges, réputés les plus « sûrs » sont moins prisés qu’il y a quelques temps.          
Ces deux dernières années, l’allocation d’actifs a été défavorable aux marchés émergents notamment parce que la Fed a commencé à envoyer aux marchés les premiers signaux d’un resserrement monétaire, qui s’est d’abord concrétisé par la fin du « quantitative easing ». Le programme d’achat de la banque centrale avait alimenté d’importants flux d’investissement sur les marchés émergents entre 2008 et 2013. Puis sa clôture a logiquement conduit à l’effet inverse, des sorties massives de capitaux, avec beaucoup de volatilité.


Il existe aujourd’hui deux aspects notables concernant le retour progressif des investisseurs sur ces marchés.

Premièrement, l’amélioration touche l’ensemble de ces marchés, même si nous constatons que les pays d’Amérique latine en profitent un peu plus, par exemple, que les marchés asiatiques. Cela s’explique en partie par le fait que les marchés latino-américains ont aussi été les plus durement touchés par les sorties de capitaux en 2014 et 2015.
Ensuite, il existe une discrimination par classe d’actifs. Alors que les actifs obligataires bénéficient de flux d’investissement significatifs, les marchés actions – davantage dépendants du cycle économique – ont plus de mal à redécoller.
La question est désormais de savoir si ce regain d’appétit soudain des investisseurs va perdurer ou s’évaporer aussi vite qu’il est apparu. En analysant les indicateurs sous-jacents de ce rebond, nous envisageons plutôt le second scénario, plus probable. Selon nos estimations, les flux de capitaux en faveur des marchés émergents sont essentiellement dus à un dénominateur commun, de nature globale : une moindre aversion au risque sur l’ensemble des marchés internationaux.


Les marchés émergents restent sensibles à l’environnement global

Plusieurs catalyseurs ont récemment contribué à la hausse de l’appétit pour le risque et donc, à l’intérêt retrouvé pour les économies émergentes. Ces tout derniers mois derniers mois, la Chine n’a pas fait l’objet de surprises négatives aux yeux des investisseurs et le prix du pétrole s’est stabilisé sur l’espoir d’un accord sur le gel de la production mondiale. Surtout, le marché a conservé sa confiance dans la prudence et le conservatisme de la Fed, dans son processus de relèvement des taux directeurs, ce qui a entretenu la relative faiblesse du dollar et milité en faveur des actifs émergents.
Bien sûr, ces tendances sont de bonnes nouvelles, mais le sentiment positif peut s’envoler en raison de la nature éphémère de ces catalyseurs. Autrement dit, il faut désormais que des facteurs fondamentaux prennent le relai pour que la reprise des marchés émergents s’affirme durablement. D’autant que les actifs émergents sont particulièrement sensibles à tout changement d’état d’esprit chez les investisseurs.
Toujours est-il qu’au-delà de ces doutes somme toute raisonnables, le panorama des marchés émergents est bien plus positif qu’il ne l’était il y a quelques mois. Le prochain test aura lieu dans quelques jours, quand la Chine publiera ses indicateurs de croissance. En regardant un peu plus loin, les principaux risques quant aux perspectives globales proviennent :
- du referendum sur le Brexit, ou
- d’une possible hausse des taux de la Fed au mois de juin, pour ne citer que ces deux.

Les investisseurs doivent donc rester vigilants à l’égard des marchés émergents, mais surtout à l’égard des actifs dits risqués en général.         

https://www.bbvaresearch.com/en/ 

 

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

 

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